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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 21:21

cote-magazine-Nice.jpgS'ils souhaitent connaître un peu mieux les travaux de Christophe Colera, les habitants de la Côte d'Azur peuvent trouver une interview in extenso de lui dans le numéro de juillet de Côté Magazine. http://www.cotemagazine.com/Pdf_accueil/COTE-NICE.pdf

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 10:33

psychologies.jpgPour info, le livre "La nudité pratiques et significations" est cité dans le numéro de juin 2010 p. 180 dont le sommaire est en ligne.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 23:33
Le magazine réunionais "Belle" de décembre a franchi les océans pour parvenir à notre boite aux lettres parisienne. Voici les deux pages tirées de l'interview de Christophe Colera publiées dans ce magazine.

belle magazinebelle-magazine-001.jpg
belle-magazine-002.jpg
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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 10:40
Alors que le livre n'existe qu'en français...

Les analyses de C. Colera sur la nudité sont mentionnées sur 4 pages dans Vi Magazine de janvier 2010 à Stockholm

cliquez sur http://www.vi-tidningen.se/templates/ArticlePage.aspx?id=11287


 
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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 12:42
Dans Femme actuelle du 25 octobre 2009 une mention très brève du livre.

 Une mention plus longue avec de larges extraits sur deux pages de l'interview accordée à Katia de la Ballina dans le magazine TV Grandes chaines. Des citations aussi  dans le Madame Figaro (en date du 31 octobre) .

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 12:35


Journal télévisé de 20 h de France 2 sur la nudité le 3 octobre au soir. Suivre le lien http://down.under.over-blog.com/article-36927721.html

 

 

 

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 12:30

 Le magazine Technikart dans son numéro daté d'octobre 2009 vient de publier une interview de Christophe Colera. En voici la version "écourtée" accessible dans la version papier, et en dessous la version originale avant mise au format   (interview réalisée par Nicolas Santolaria le 17 septembre 2009) :

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technikart
Les scènes de nus sous la douche dans l’émission « Secret Story » ont fait scandale, comment analysez-vous ce phénomène ?
 
Il semble que ce soit une particularité française, puisque dans des équivalents de Secret Story, en Allemagne par exemple, la nudité n’a pas choqué. La douche collective pose des tas de questions compliquées, autour non seulement de la vision des organes génitaux sans copulation immédiate, mais aussi du partage de la crasse envisagée comme une pratique « collectiviste » proche de celle des ouvriers d’usines ou des mineurs de fond. Ce lien nudité-saleté commence d’ailleurs à être étudié aux Etats-Unis.
 
Cette mise à nu volontaire, est-ce un moyen de reprendre le contrôle face au dispositif voyeuriste imposé par la télé-réalité ?
 
C’est possible. C’est ce que j’appelle la « nudité affirmation », la présence du corps nu venant imposer ou subvertir un ordre. Mais on peut soutenir aussi qu’en recrutant des candidats susceptibles de ce genre de transgression, le dispositif voyeur recèle en lui-même cette « poussée aux extrêmes ». La personne qui se met nue dit la vérité ultime du dispositif, tout en protégeant ses concepteurs qui peuvent crier au dérapage imprévu.
 
Que pensez vous de l’émission « Belle toute nue » qui met en scène une sorte de « nudito-thérapie » ?
 
La fragilisation des individus dans un système consumériste très mouvant engendre un besoin de représentation idéale de la nudité qui rejette à ses marges la saleté, la vieillesse, la mort. L’idée sous-jacente de Belle toute nue est que le système peut remédier aux dysfonctionnements qu’il engendre. Mais en prétendant effacer un complexe issu d’une norme, on rappelle de ce fait le pouvoir de la norme elle-même, et donc on le renforce subrepticement. C’est le paradoxe du déni. Il est probable en tout cas que la soumission croissante (et symétrique) des mâles au diktat de l’apparence conduise à faire un « Beau tout nu » dans quelques années.

Entretien N.S.

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Voici la version avant la mise en page Technikart  (interview réalisée le 17 septembre 2009) :
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  - Les scènes de nus sous la douche dans l’émission Secret Story ont fait scandale, comment analysez-vous ce phénomène ? C’est tout de même étonnant que quelques corps nus choquent et fascinent autant alors que l’émission est toute entière basée sur la notion de dévoilement impudique, des affects notamment…

-          Il semble que ce soit une particularité française, puisque dans des équivalents de Secret Story, en Allemagne par exemple, la nudité d’une fille sur la douche apparemment n’a pas choqué (et n’a pas été dissimulée par des rectangles noirs). Cela dit, même dans les pays du Nord de l’Europe où la nudité est censée être « plus libre », elle est toujours plus problématique qu’on ne le croit. D’abord il y a toujours des lieux spécifiques : et dans une émission où tout le monde garde des sous-vêtements sous la douche, celle-ci perd son statut de lieu de nudité légitime, ou disons que cela devient plus problématique. Et puis il y a tout un contexte social dont la nudité dépend : le renouveau des lobbys religieux, le thème de la protection de l’enfance, le refus de la femme-objet. Pour des tas de raisons, la société complique notre rapport au corps d’autrui, et au même moment le besoin de corporéité s’affirme de plus en plus.
      
- Cette mise à nu volontaire de candidats enfermés peut elle être mise en lien avec votre théorie du « nu-affirmation » ? Est-ce un moyen de reprendre le contrôle face au dispositif voyeuriste imposé par la télé-réalité, en le prenant d’une certaine manière à son propre jeu ?

 - C’est possible. Il faudrait interroger les motivations de la fille, Cyndi, qui a décidé d’ « enlever le haut et le bas », à supposer qu’elle en soit consciente. Il est fréquent, depuis les origines du vêtement, que des hommes et des femmes jouent de l’effet de puissance de la présence de leur corps nu pour imposer ou subvertir un ordre. C’est ce que j’ai appelé la nudité « affirmation ». Mais on peut soutenir aussi que le dispositif voyeur recèle en lui-même cette « poussée aux extrêmes ». Car après tout périodiquement l’émission met un point d’honneur à recruter une fille qu’on sait susceptible de ce genre de transgression (comme Loana dans la première  saison du Loft). Cette personne qui joue le rôle ambigu de l’héroïne courageuse et de la « pauvre fille » (parce que c’est plus souvent une fille) « trash », dit la vérité ultime du dispositif, tout en protégeant ses concepteurs qui peuvent crier au dérapage imprévu.
         
- Est-ce que le côté choquant du cocktail nudité+douche+enfermement n’est pas lié finalement à un parallèle inconscient avec les camps de concentration planant sur l’imaginaire de cette émission…

 - Il est possible en effet que cet arrière-plan historique, qui est très présent dans l’imaginaire collectif occidental depuis 25 ans, conditionne le regard. Le regard sur la nudité n’est jamais vierge de ce genre d’arrière-plan. Mais d’une manière plus générale la douche collective pose des tas de questions compliquées, autour non seulement de la vision des organes génitaux sans copulation immédiate, mais aussi du partage de la crasse (le lien nudité-saleté commence à être étudié aux Etats-Unis). C’est une pratique « collectiviste » d’ouvriers dans les usines, de mineurs de fond, de militaires, de prisonniers, qui heurte la vision individualiste du spectateur moyen. Le port du maillot de bain ou des sous-vêtements sous la douche rappelle que dans Secret Story ce n’est qu’un jeu. On « joue seulement » à bousculer l’individualisme.
 
- Que pensez vous de l’émission Belle toute nue diffusée sur M6 qui met en scène une sorte de « nudito-thérapie » où des candidates complexées sont invitées progressivement à se dévêtir devant l’objectif d’un photographe de mode avant de voir leur image affichée en 4X3 dans les rues de Paris ?
 
 - L’image joue sur le fait qu’en raison du redressement du squelette des hominidés, les corps des femelles des espèces de notre genre(homo ergaster, homo erectus, neandertalis, sapiens) fonctionnent comme des signaux sexuels en susbtitution de la vulve devenue invisible. Cela crée une grande inégalité entre les corps féminins, inégalité accrue dans un système de consommation contemporain où le corps, le désir, la séduction occupent une place centrale. Il est possible que l’émission cherche à édulcorer les effets systémiques de frustation ainsi provoqués. Sans doute le spectateur peut-il y voir la promesse de la fin de la course à la taille idéale, aux seins idéaux, imposée à tous. L’idée sous-jacente est que le système de consommation peut remédier aux dysfonctionnements qu’il engendre en utilisant ses propres ressources – en l’occurrence le relooking. Mais en prétendant effacer un complexe issy d’une norme, on rappelle de ce fait le pouvoir de la norme elle-même, et donc on le renforce subrepticement. C’est le paradoxe du déni. Il est probable en tout cas que la soumission croissante (et symétrique) des mâles au diktat de l’apparence conduise à faire un « Beau tout nu » dans quelques années.
         
- On a l'impression que le nu, qui semblait plus évident dans les années 70, redevient une conquête, presque un tabou...
  
- Même dans les années 1970, le nu n’était « éviden »t que dans des espaces et des milieux bien précis. Mais il avait pour lui d’être associé à une notion de progrès humain, de libération, dans une société qui croyait encore  à la possibilité d’un « sens de l’Histoire ». Bizarrement, privé de cet horizon de conquête, le nu devient aujourd’hui plus associé à des notions de conservation : conservation de la liberté individuelle face à des « big brothers » insaisissables, survie de l’espèce dans un rapport à l’environnement menacé (comme dans le slogan « better nude than nuke » ou dans le film récent « Les derniers jours du monde »). Or, en tant qu’expression de ce nouveau conservatisme, il est en concurrence avec des systèmes de représentation qui eux aussi prétendent conserver les individus et l’espèce, mais sur un mode plus répressif. Et tous les inconvénients de la nudité ressurgissent (y compris les effets de violence symbolique et physique comme pour ces adolescentes forcées à se déshabiller devant leur webcam) sans pour autant que le « besoin de nudité » ne disparaisse, bien au contraire.
          
- Il semble qu’il existe une nudité autorisée (celle de la pub notamment) où les corps sont idéalisés par Photoshop et une nudité qu’on ne veut pas voir, plus brute, incarnée par exemple par les Streakers qui courent nus dans les stades. Quel est votre avis là dessus ?
 
-          - La fragilisation des individus dans un système consumériste très mouvant engendre un besoin de représentations idéales qui rejette à ses marges la saleté, la vieillesse, la mort etc. On court donc après une vision « apollinienne » de la nudité, comme celle des statues antiques, qui renvoie à la cité une image idéalisée d’elle-même. Mais la nudité est très ambiguë : son versant sombre, refoulé, la nudité du corps souffrant à l’hôpital, celle corps humilié par la torture etc. est toujours susceptible de réapparaître dans les interstices de cette représentation idéalisée.
         
- Comment analysez vous le carton incroyable du clip du groupe Make the gril dance où des filles défilent nues dans les rues de Montorgueil ? Le fait que leur intimité soit masquée par des panneaux où défile un texte produit un intéressant raccourci de sens, non ?

  - Le clip fait entrer la nudité dans une esthétique assez froide (à l’opposé de la nudité réputée « torridee des films érotiques des Seventies) accompagnée d’un discours consumériste extrême (consommation de soi et d’autrui sur le mode « je veux tout, j’absorbe tout et je disparais »). Il reflète une manière très actuelle de mettre en scène le corps comme une machine à désirer (plus qu’une « machine désirante » à la Deleuze), et en même temps c’est vrai, un support de textes (ce qu’il est aussi de plus en plus avec le tatouage). Et puis ça se passe dans la rue (comme beaucoup de clips du même genre sur Internet) pour bien signifier le mépris des lois (les psychanalystes avanceraient sûrement des hypothèses là dessus autour du « nom-du-père » mais je ne crois pas que ce genre d’explication tienne encore la route).
        
 - Finalement, est-ce que cette multiplication du nu à la télé ces derniers temps ne renvoie pas profondément à notre culture judéo-chrétienne et, si oui, en quoi ?
 
 - Il y a une fascination pour l’individu nu qui est née en Grèce antique, qui a été reprise par le christianisme (transformée dans une économie du « péché originel » - la nudité idéale d’Adam et Eve, la nudité torturée du Christ sur la croix qui porte les péchés du monde) et qui a profondément marqué tout la culture européenne. Le lien idéalité-nudité en art par exemple, qui est impensable sous d’autres latitudes (voyez les travaux du philosophe François Jullien sur la Chine classique par exemple). On touche là au cœur des spécificités de notre culture, ce qui explique aussi la difficulté de notre dialogue là dessus, parfois, avec des cultures d’origine proche-orientale comme l’Islam qui se sont construites d’une façon très différente.
          
 - Est-ce que le nu est un moyen de poser une question dans notre rapport à la création en se déconnectant tout à coup de l'ensemble des dispositifs (vestimentaires, sociaux,...) ?

- Oui, il se noue autour de la nudité une thématique de l’authenticité, de la vérité, du retour aux sources et aux origines du monde (au geste créateur de Dieu) et de communion avec lui qui a traversé tout l’Occident chrétien à travers en particuliers diverses sectes hérétiques et qui existait aussi dans des sphères non-chrétiennes (le mythe de l’Age d’Or dans la Rome païenne, l’association nu-cru-naturalité dans toutes les cultures humaines, la nudité des prophètes et des ascètes dans des lieux reculés). En ce sens c’est un fantasme récurrent qui se nourrit à la fois du désir et de la crainte que l’humain a de ce qu’il appelle son « animalité ».

 - Comment analysez vous les rapports de l’image et de la nudité ? Il semble par exemple que cette dernière était moins problématique il y a deux décennies, au temps de la playmate du samedi soir.

 - La playmate de Play Boy ou des émissions de Collaro était un compromis entre l’utilisation contestataire de la nudité (par les hippies notamment mais pas seulement) et le conservatisme bourgeois. C’était une première forme de nudité acceptable et consommable par beaucoup de gens, standardisée, qui s’insérait d’une manière assez simple dans un ordre social aux codes rigides – hiérarchisé, machiste, souvent raciste – moyennant une définition stricte de son espace (les revues qu’on lit en cachette, les émissions rigolotes). Il faut aussi penser au strip-tease décortiqué par Roland Barthes. Aujourd’hui, c’est une nudité plus exposée, plus répandue, qui tend à excéder les espaces qu’on lui assigne, et sur laquelle se projettent toutes sortes de normes contradictoires (normes esthétiques de la société de consommation, normes politiques des défenseurs des enfants, des féministes, des associations religieuses venant d’horizons culturels très variés). La place et les modalités de la nudité se complexifient. L’impossibilité de lui donner un statut stable, acceptable par tous, dans l’espace public pousse à un surinvestissement dans la sphère privée (voir non seulement la profusion de nudité sur Internet, mais aussi les statistiques de pratique de la nudité à domicile dans les pays occidentaux). On est dans une sorte d’équilibre très précaire largement lié à la donne technologique (le virtuel), économique (le consumérisme capitaliste), éducatif (le haut niveau d’information dont disposent les gens), sanitaire (jamais il n’y a eu autant de corps sains capables de soigner leur apparence et de désirer, mais jamais aussi autant de risque de nouveaux fléaux épidémiologiques par exemple), idéologique (le déclin des vieilles formes de religiosité, l’individualisme, le scepticisme) de notre époque. Une situation sans précédent qui recèle quotidiennement des sources de conflits (y compris des conflits psychiques intériorisés).


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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 12:26
Dimanche 13 septembre 2009

 

http://lilicastille.over-blog.com/article-36027573.html

 

 

Je l’avoue, j’ai été bluffée…

 

Le nudité - Pratiques et significations (Editions du Cygne) est un essai passionnant, riche d’illustrations et d'exemples issus de l’Histoire et de la culture que je n’ose plus écrire universelle, à l’écriture lisse et au raisonnement sans faille, où l’on découvre une nudité complexe et protéiforme, allant de l’affirmation au don, en passant par l’humiliation et la plus part du temps mélangeant plusieurs de ces significations, où l’amour et la peur, la vie et la mort en sont les temps forts.

 

De la préhistoire à nos jours et aux quatre coins du monde, on se rend compte que la nudité ne devrait s’écrire qu’au pluriel bien que le nu soit universel. 175 pages que l’on dévore, un totem sans tabou !

 

LC : La définition de la nudité est-elle modifiée d'un point de vue occidental et universel avec la problématique de la burka ?

 

Christophe Colera : Chaque culture a sa définition de la nudité. Au Moyen-Age être nu peut signifier simplement qu’on est en chemise, comme chez les Romains de l’Antiquité le mot « nu » pouvait s’appliquer à un guerrier sans arme. Le mot peut donc être très extensif et désigner parfois tout accoutrement ou tout équipement inapproprié à une circonstance donnée. Mais généralement le cœur de sa définition a toujours un rapport avec le dévoilement de parties du corps qui devaient rester cachées.
C’est vrai que le renouveau « postcolonial » de la culture islamique fait découvrir aux Occidentaux que des formes de nudités qu’ils croyaient anodines comme celle des cheveux peuvent être jugées par certains aussi choquantes que pour un chrétien celle des seins ou des parties génitales. Pourtant le tabou des cheveux de la femme exposés en public appartient à une sorte de fond commun de la culture méditerranéenne antique, dont par exemple Saint Paul s’était fait l’écho dans ses prescriptions sur le voile des jeunes filles. La burqa et le niqab révèlent aux Occidentaux que même la nudité du visage féminin dans certaines cultures peut poser problème, mais là encore ce n’est pas si nouveau que cela.
Les circonstances où la femme doit voiler son visage sont fréquentes dans diverses civilisations depuis des millénaires. Par exemple l’universitaire Lloyd Llewellyn-Jones a récemment rappelé que, dans la Grèce antique, il y avait toute une gamme de voiles pour femmes y compris pour le visage. C’est le corollaire de l’érotisation du corps entier de la femme après la dissimulation de la vulve dans la station verticale. Toute partie du corps de la femme peut susciter le désir. Et donc la volonté de protection et d’autoprotection des femmes (car elle peut aussi émaner de leur volonté) peut aller jusqu’au voile intégral.

 

 

LC : Cela me gêne que tu parles d’autoprotection et volonté propre pour des femmes évoluant dans une société qui les considère comme d’éternelles mineures légales et qui les assujettit aux hommes de manière évidente… Quelle est la valeur de cette autodétermination ?


Christophe Colera :
Tu as en partie raison. Dans de nombreux cas (par exemple dans les secteurs ruraux de la société afghane pachtoune), le voile intégral est simplement imposé de manière autoritaire et patriarcale par les hommes. Mais il y a aussi des cas (notamment chez les Musulmanes d’Europe) où le voile intégral est délibérément choisi pour refuser le consumérisme sexuel et la compétition pour la beauté en vogue en Occident. C’est pourquoi je distinguais protection et autoprotection. L’anthropologie doit prendre acte de ces divers cas de figure sans les juger.

 


  


LC : La nudité est consubstantielle de la peau, son organe premier si je puis dire. Comment considérer dès lors les "violences esthétiques" telles que les tatouages, piercings, les scarifications ? Quelles sont leurs significations du point de vue de la nudité et des quatre types de nudité que tu as mises en évidence ?

 

Christophe Colera : Ces pratiques constituent un véritable « travail » sur la peau. Un travail artistique, comme le maquillage d’ailleurs. On pourrait considérer ça, comme une « couche » de culture posée sur la peau. Une couche non-vestimentaire. L’utilisation de la peau comme un support de création sur lequel on peint, on écrit, on grave. Ces pratiques sont culturelles au sens où leur niveau d’élaboration ne répond pas à un besoin purement fonctionnel (la peau vit très bien sans tatouages), mais pas au sens où on devrait les opposer à la nature, car s’enduire le corps de boue ou de poussière fait partie des pratiques animales les plus répandues, donc ce « travail » sur la peau existe chez de nombreux grands mammifères, même à une niveau très sommaire.
Il semble que le tatouage ou la scarification aient été la règle dans les sociétés du paléolithique et du néolithique. On peut se demander pourquoi cela a tendu à disparaître dans de nombreuses sociétés « vêtues ». Chez les chasseurs-cueilleurs ces pratiques ornaient la nudité, et même la cachaient d’une certaine façon. Il semble qu’aujourd’hui elles visent à la mettre en valeur. Dans cette mesure, elles entrent dans ce que j’appelle la « nudité-affirmation », c’est une puissance individuelle qui cherche à s’affirmer dans un corps nu orné d’un tatouage. Mais dans la mesure où l’humain peut combiner diverses significations, parfois même les plus antagonistes, dans une même action, les tatouages et scarifications peuvent aussi relever d’un autre idéal-type, celui de la « nudité-humiliation ». On peut en quelque sorte s’humilier par l’exhibition de sa nudité, et ajouter à cette humiliation une scarification particulièrement douloureuse. Mais surtout on peut humilier autrui de cette façon, comme il était d’usage dans les marchés d’esclaves de l’Empire romain par exemple, où l’esclave, montré entièrement nu, portait sur l’épiderme la marque de son propriétaire.


 LC : Donc finalement le caractère « violent » de ces actes à l’agard du corps ne serait qu’une conséquence et non une fin en soi. De mon côté, j’y discernais, outre l’évident degré de transgression et d’affirmation de soi (à la fois positif et négatif), quelque chose de beaucoup plus ambivalent, entre l'ésthétique et la mort, la douleur et le plaisir...

Christophe Colera : Que les gens qui se mutilent ou se scarifient investissent dans cette expérience une dimension quasi-initiatique qui met en jeu le lien consubstantiel entre vie et mort, création-destruction, plaisir-souffrance, cette affirmation par la négation, la proximité des pôles contradictoires qu’a explorée Georges Bataille, qu’ils veuillent éprouver dans cette humiliation de la chair sa sublimation, sa sanctification aurait-on dit autrefois c’est très probable, du moins dans notre Occident encore marquée par le christianisme, bien plus qu’il ne le croit. Mais c’est là le constat qu’on peut faire, si tu veux, du point de vue de l’action « en train de se réaliser ». Du point de vue du résultat, en revanche, qui est la marque sur l’épiderme, on a une nudité transformée en texte, comme par le tatouage, et donc sa signification et sa valeur affirmative peut être ré-haussée aux yeux de la société par l’épreuve que le sujet s’est infligé. Tout dépend bien sûr ensuite du code culturel dans lequel la marque est saisie. Dans beaucoup de milieux la scarification, surtout si elle s’est effectuée sans conformité avec les canons esthétiques de la communauté, peut passer tout simplement pour révoltante et valoir à son auteur une exclusion complète du groupe, même dans des sociétés relativement individualistes comme la nôtre. Le tatouage aussi d’ailleurs.

 

 

 


LC : Comment interprètes-tu la dimension contemporaine de la nudité qui  tend à vouloir aller toujours plus loin, toujours au plus près, et qui privilégie le gros plan chirurgical dans le porno par exemple ?

 

Christophe Colera :  Il y a plusieurs dimensions là-dedans. Bien sûr il y a le fait que le regard du spectateur occidental du 20ème siècle (et, avec des nuances, du consommateur de médias occidentaux partout dans le monde) s’est habitué à la nudité, tout en gardant un arrière plan chrétien de fascination pour elle (l’origine de l’humanité, Adam et Eve, l’innocence). Du coup, il faut cerner la nudité de « plus près » pour entretenir l’excitation. D’où les gros plans. Déjà dans les années 60 les lecteurs des revues coquines aux Etats-Unis, un peu blasés, leur écrivaient pour pouvoir mieux voir les anus des filles.
C’est une course à la transgression, qui se double d’une seconde dimension que ceux qui s’intéressent à la neurologie commencent à peine à explorer : le trouble que la vue d’organes en gros plan provoque dans la perception qu’il a de son propre corps. Ce sont des sortes de « parasitages » des fonctions cérébrales que l’on connaît assez mal mais qui contribueraient au succès du hard core. Il faut voir que la peau n’est pas seulement un rempart, mais aussi un organe charnière qui à la fois reçoit des apports extérieurs (l’eau, le vent, les brûlures, les caresses, les coups etc), mais aussi « exprime » quelque chose de l’état intérieur du corps.
Du coup le souci pour ce qui se passe à la surface de la peau, peut aussi inviter à vouloir « percer » cette enveloppe de l’individualité, pour aller voir ce qu’il se passe en dessous, tout en sachant que cette pulsion scopique qui pousse à vouloir voir au-delà de la peau entraîne la mort de l’individu. Il existe une littérature maculine chrétienne médiévale sur ce qu’est la femme « sous la peau ». Georges Didi-Huberman a avancé l’hypothèse que cette thématique était présente à l’arrière plan de toute la peinture de Botticelli à la Renaissance, y compris de ses Vénus les plus pures. Et elle trouve sa réalisation explicite chez Sade, ou dans les éventrations après le viol auxquels les guerres donnent parfois lieu. Les gros plans sur les vagins lèvres écartées ou sur les anus sont à l’intersection du besoin de nudité de la peau que ressent le spectateur et de la recherche du « plus nu que le nu », du nu « de l’intérieur ». Comme si l’objet de son fantasme n’était jamais assez nu. Parce que le plaisir de la dénudation l’emporte sur la nudité elle-même.
Le fait que tout soit concentré dans la vision, sans trop d’exutoires tactiles, contribue peut-être à cette logique de la surenchère. Mais c’est un phénomène qui est aussi lié aux ambiguïtés du « don » que constitue la nudité (et spécialement la nudité féminine d’ailleurs) : parce que ce qui se donne dans la nudité, dans l’effeuillage du corps, se présente toujours comme une promesse non tenue. Ce qui s’annonce excède toujours ce qui s’obtient in fine. Cela peut aussi expliquer une volonté de compenser la frustration en allant « toujours plus loin ». En ce sens la phrase de Flaubert - « la contemplation d'une femme nue me fait rêver à son squelette » - prononcée sur un ton mélancolique et morbide, fonctionne peut-être sur un mode plus conquérant chez beaucoup d’hommes, plus positif en somme dans l’inconscient du spectateur frustré. On a ça chez Nabokov quand son héros amoureux voudrait retourner Lolita comme un gant pour avoir ses organes à l’extérieur. Evidemment on parle là du porno et de la dénudation vus par les hommes. Le point de vue féminin là-dessus est peut-être différent, et, en tout cas, moins bien connu, moins documenté dans la littérature.


 

 


LC : Je suis curieuse de connaître ton point de vue sur la récente expo chinoise de sculptures réalisée à partir de cadavres humains. Plus nu que le nu. Quelle signification de la nudité, de l'intégrité de la personne et de la pudeur dans ce cas particulier ?

Christophe Colera : Dans la mesure où ce sont des écorchés il y a là aussi, comme dans les gros plans du X, la volonté de poursuivre la conquête de la nudité au-delà de l’épiderme. Et donc dans la mort de l’objet regardé puisque nul ne peut vivre sans sa peau. Mais cette volonté de connaître, de voir, et de posséder par le regard, heurte de front le tabou universel du respect des morts, dont Pascal Boyer a montré qu’il s’enracine dans une programmation cérébrale de l’homo sapiens qui lui fait à la fois aimer le souvenir de l’être qui lui était cher et ressentir comme insupportable sa présence à l’état cadavérique (programmation paradoxale, conflictuelle, dont l’homo sapiens et le néanderthalien ont dépassé les contradictions par les rituels funéraires et le deuil). La violation du tabou, qui obéit peut-être à une logique purement commerciale, provoque un trouble bien compréhensible. Mais il est intéressant de voir qu’elle n’est pas la première du genre. Par exemple les kukukuku en Papouasie vivent encore avec les cadavres fumés de leurs morts qu’ils exposent partiellement nus dans leurs huttes. Cette mise en scène de la nudité cadavérique a le mérite de mettre au jour les ambivalences de la nudité (ce que Freud appelait Eros et Thanatos, mais ce n’est pas un vocabulaire très adéquat ici), sa face obscure refoulée par notre société, comme est souvent refoulé, d’une manière générale ; dans le discours dominant tout ce qui rattache la nudité à la saleté, à la laideur, à la faiblesse, à la fragilité.

 

LC : Merci Christophe pour cet entretien tout aussi limpide et passionnant que ton ouvrage !



 




Christophe Colera, né en 1970, est docteur en sociologie, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, et titulaire d’une maîtrise de philosophie. Il a écrit en 2004 "Individualité et subjectivité chez Nietzsche" (L'Harmattan) puis plusieurs articles en rapport avec la construction sociale de la subjectivité. Sous pseudonyme, il a aussi publié divers essais et récits, ainsi qu'un roman. Il défend une conception "moniste" de l'humanité qui réconcilie l'anthropologie naturelle et l'angle d'approche des "sciences humaines".

 

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 12:20

Christophe Colera : « L’humain est un singe nu » !

par La Singette Missdinguette

  

Suite à la lecture enthousiaste de « La nudité Pratiques et significations », j’ai posé quelques questions à son auteur, Christophe Colera. Il m’a offert un florilège de tuyaux de poils d’une acuité actuelle : de l’homme primate, Darwin mis à nu, les androïdes d’apparence humaine, au parcours de Christophe, tête chercheuse riche et variée, qui en plus de toutes ses qualités intellectuelles ne manque pas d’esprit ni encore moins d’humour. Le pied intégral, quoi !


Le Mague : Quel est ton parcours et ton champ d’étude qui t’ont amené, je suppose, à soutenir une thèse autour de la Nudité et ses précipités sans trop te poiler ?


Christophe Colera : Ce n’est pas une thèse (ma thèse je l’ai faite sur un tout autre sujet, elle sera bientôt publiée). C’est une recherche que je mène depuis longtemps en parallèle avec d’autres. Je suis du genre à travailler sur trois ou quatre thèmes à la fois (en philo, en sciences sociales). Sans me presser, je les laisse se décanter. Celui-là me poursuit depuis l’adolescence. Langage du corps-tabous sociaux-transgression. J’ai eu ma phase freudo-marxiste à 20 ans. Puis, à la fin des années 1990, j’ai découvert la psychologie évolutionniste (très développée aux Etats-Unis) qui remet en cause la frontière entre sciences humaines et sciences naturelles, et même dynamite pas mal les méthodes de la sociologie et de l’anthropologie « culturelle » classiques. La nudité était un sujet parfait pour relever un défi théorique de haute volée : la conciliation de ce naturalisme avec un des héritages des sciences humaines traditionnelles, les idéaux-types (ou idéaltypes) de Max Weber. Et en même temps, ça permettait de se confronter à un sujet qui fascine notre époque, qui l’envahit même, dans les images et dans les pratiques. La mort de Dieu, la dé-spiritualisation des institutions, tout ça renvoie chacun à son corps, à la volonté de le mettre au centre des rapports sociaux. Un corps qui veut exprimer de plus en plus son dépouillement, son animalité.


Le Mague : Comment les engeances intellectuelles aux corps poilus ont interprété les résultats publiés de tes analyses fécondes autour de la nudité ?


Christophe Colera : Il est un peu trop tôt pour répondre à cette question. Les recensions universitaires mettent toujours du temps à s’écrire. Je pense que les tenants des dogmes sociologiques de telle ou telle école se méfieront parce qu’ils n’y retrouveront pas nécessairement le langage auquel ils sont habitués. Au moment de sa rédaction, le livre a été soutenu par des francs-tireurs, des esprits « pluridisciplinaires » comme le sexologue Jacques Waynberg. Après publication le romaniste Paul Veyne l’a bien aimé aussi.


Le Mague : Et bien comme ça Christophe, est-il vraisemblable que l’homme descende du singe et la femme de la guenon et que les poils ont joué un rôle prépondérant dans cette drôle d’histoire, dont me parlait déjà mon grand-père chimpanzé en Afrique ?


Christophe Colera : Non non, pas du tout, l’homme ne descend pas du singe. L’homme est un primate, issu d’un genre « homo » qui coexiste avec d’autres genres de primates (et d’ailleurs mieux vaut ne pas entrer dans le détail des classifications car elles font débat parmi les zoologistes). Il est très semblable aux autres espèces membres de ce genre (les homo erectus, neanderthalensis etc.) aujourd’hui disparues, et assez peu distinct génétiquement du chimpanzé et du gorille. Il faut d’abord poser ces points communs, cette familiarité, cette animalité partagée, avant de décliner les différences. Sans quoi on tombe dans l’anthropocentrisme (et ses connotations spiritualistes). D’une certaine façon, nous sommes tous des singes. C’est le constat de départ. Ce qui est très frappant c’est que l’humain est un singe nu comme disait Desmond Morris, c’est-à-dire pratiquement sans poil, que ce qui lui reste de poil (sur la tête, le pubis, sous les bras) se trouve localisé aux mêmes endroits que chez le fœtus du chimpanzé, et que l’absence de vêtements provoque un stimulus sexuel. Comment en est-on arrivé là ? Il faut sonder l’évolution de nos ancêtres pour comprendre.


Le Mague : Comment tu te situes par rapport aux théories de Darwin en débat actuellement ?


Christophe Colera : Il n’y a pas de débat scientifique sur les théories de Darwin. Tout esprit scientifique en ce moment est darwinien. Seuls certains religieux contestent Darwin. En revanche il y a au sein du courant darwinien des tas de querelles d’interprétation, des thèses concurrentes pour expliquer tel ou tel phénomène (entre autres la nudité, je les expose dans mon livre), ce qui est normal et sain. Et dans les sciences humaines du XXe siècle il y a eu une très forte réticence à tirer toutes les conséquences du darwinisme, mais on en vient peu à peu à admettre que la culture n’est pas séparée de la nature, et donc à inclure Darwin aux sciences « humaines » aussi. La culture n’est qu’un des aspects du fonctionnement naturel de notre espèce (d’ailleurs d’autres espèces ont aussi des cultures). Et si les cultures sont plurielles, et non directement réductibles à des besoins matériels univoques, elles sont néanmoins traversées par des constantes universelles. Des constantes liées à des mécanismes biologiques communs à notre espèce et en grande partie forgés en des temps où la lutte pour la survie était le lot quotidien de nos ancêtres.


Le Mague : Quel a été l’impact du « nu affirmation » de soi libéré des carcans des préjugés dans l’histoire sociale et quel en a été le frein à cette poilade collective et festive ?


Christophe Colera : Ce que j’appelle la « nudité-affirmation », c’est le fait que dans toutes les sociétés, l’humain mâle et femelle puise dans le renoncement aux vêtements une force pour imposer un potentiel et un pouvoir (et notamment pour contester un ordre). Le vêtement aussi donne de la force en tant qu’il rattache à une classe sociale, une génération, un souvenir personnel agréable etc., mais l’abandon du vêtement introduit une affirmation d’une autre sorte, à la fois plus individuelle et qui puise aussi aux racines communes de toute notre espèce, aux sources de notre animalité commune. Ce potentiel a travaillé les cultures sous toutes les latitudes, mais il a joué un rôle particulièrement fort (et particulièrement bizarre quand on y réfléchit) dans la métaphysique et l’art européens (occidentaux), via les Grecs, avec toutes sortes de rebondissements ultérieurs (la Renaissance, les XIXe et XXe siècles) qui ont été autant d’enjeux de batailles, avec des tas d’instrumentalisations politiques aussi, et de tentatives d’endiguer le phénomène.


Le Mague : Penses-tu qu’aux jours d’aujourd’hui policés à tout va, le nu puisse encore exercer une implication subversive sans se couper les poils en quatre et être récupéré par un fils de pub inculte ?


Christophe Colera : Essaie de te déshabiller dans un autobus ou à l’audience d’un tribunal et tu verras. Le tabou de la nudité publique fonctionne toujours – elle n’est valorisée que dans des espaces très spécifiques.


Le Mague : Dans ton livre, tu abordes « La nudité comme humiliation ». Penses-tu que bon nombre de coupe-tifs soient des pervers polymorphes qui s’ignorent et qu’ils pourraient peut-être se recycler dans la moumoute ou la choucroute si seulement ils en avaient conscience ?


Christophe Colera : Euh, les types qui rasent les crânes des prisonniers dans les camps peut-être… Mais je n’ai toujours pas trouvé en ville de salon où les coiffeuses officieraient à poil…


Le Mague : Dans ta conclusion tu écris, je te cite : « Il est tout à fait concevable qu’une légalisation « du droit à la nudité » en tout lieu telle qu’elle est demandée par certains, ou même que des modifications profondes de la nature humaine par incorporation d’instruments technologiques au corps, mutation génétique ou création de machines androïdes capables de développer de nouvelles interactions avec l’être humain, aboutissent un jour à un changement profond de la conscience que chacun a de son propre corps et de celui des autres ». J’ai comme qui dirait un poil sur la langue à piger ! Tu peux m’expliquer ta science fiction ?


Christophe Colera : Le jeu est ouvert, notre espèce traverse une révolution en ce moment. Elle a enfin les moyens de se comprendre et se connaître sur des bases rationnelles, elle sait comment se modifier elle-même par la technologie. Elle peut changer sa sexualité, et donc aussi beaucoup d’aspects de son organisation sociale avec moins de craintes superstitieuses que par le passé, pour le meilleur et pour le pire. Si on modifie volontairement ou involontairement les hormones des gens (ce qui peut soit tuer soit tonifier leur libido), ou si on les oriente vers des vies virtuelles devant des écrans d’ordinateurs, si on les flanque un jour d’androïdes d’apparence humaine dépourvus de pudeur, il y a fort à parier que les normes comportementales communes à l’espèce depuis 200 000 ans et l’image que l’humain a de lui-même pourraient en prendre un sacré coup. Tout est possible, tout comme un grand retour aux vieux tabous si la situation se gâte.


Le Mague : Après les poils sous toutes ses coutures, qu’est-ce que tu étudies en ce moment ?



Christophe Colera : Je travaille sur plusieurs sujets. Le plus ambitieux étant celui d’une redéfinition de l’ontologie, du politique et de l’éthique sur la base d’une anthropologie naturaliste. Travail de longue haleine.


Le Mague : Si tu as quelque chose à rajouter, c’est pas le moment de te stresser les poils de la pensée. Je t’écoute toujours avec beaucoup de plaisir.


Christophe Colera : Merci beaucoup, mais j’ai un poil dans la main pour répondre à cette dernière question. Donc rien à ajouter !


Christophe Colera : « La nudité Pratiques et significations », éditions du Cygne, 2008, 20 € à retrouver ici !

Avis aux chercheur(e)s en sciences sociales, le Mague est toujours à l’écoute attentive de vos réflexions et analyses afin de les proposer en partage et à la diffusion du plus grand nombre.

le 23/04/2009 http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article6074

 

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 12:13
Télépoche le cite en deux lignes à droite p. 33 (numéro du 4 mai).

Parutions.com lui consacre une recension.

De même que Naturisme Magazine
(en qualifiant C. Colera à tort de "chercheur au CNRS")


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